Le Conseil Général des Hautes-Pyrénées a souhaité mettre en place une CDESI (Commission Départementale des Espaces, Sites et Itinéraires). Celle-ci a été officiellement installée le 3 avril dernier. Son principal objet est la mise en place d’un PDESI (Plan Départementale des Espaces, Sites et Itinéraires) afin de favoriser le développement maîtrisé des sports de nature.
Cet organe consultatif se compose de 3 collèges : 1 – les élus 2 – les associations et fédérations sportives 3 – les « institutionnels » : ONF, Parc mais aussi LPO, chasseurs et pêcheurs
Nous devons prendre toute notre place dans les discussions qui vont se tenir car derrière ces sigles rébarbatifs ou la volonté louable d’éviter les conflits entre usagers ou avec les propriétaires peut se cacher une redoutable mécanique « administrative » conduisant à une véritable dégradation et limitation de nos activités.
En effet, quelques jours avant cette réunion, la presse régionale relatait avec emphase un accord du Conseil Général des Hautes-Pyrénées et du gouvernement d’Aragon permettant la liaison directe de la station de Piau-Engaly au tunnel de Bielsa avec construction d’immenses parkings et d’un programme immobilier à son extrémité française. Or, ce site est actuellement dédié aux sport de nature car il recèle un des seuls si ce n’est le seul véritable site d’initiation à la cascade de glace du département ainsi que des itinéraires classiques de raquettes et de ski de montagne, les seuls en fond de chaîne de la vallée d’Aure, bénéficiant du meilleur enneigement. Cet endroit va donc être totalement sacrifié face à la pensée unique du tout-ski industriel.
Devant notre étonnement face à un tel paradoxe, il nous fut sèchement répondu que les élus devaient se soucier du développement économique. Au moins les choses sont claires et les limites déjà posées à l’impact qu’aura la CDESI. D’ailleurs, un peu plus tard dans la soirée, nous avons droit à un exposé présentant l’impact économique de nos activités de pleine nature. L’approche purement financière se confirmait et il est déjà à craindre que l’intérêt social, humain de nos sports en ce qu’ils favorisent une relation directe, saine avec notre environnement et la richesse émotionnelle qu’ils procurent par ce biais ne soient complètement occultés.
L’absence même de définition des sports de nature favorise des amalgames qui nous paraissent douteux. Que penser en effet de la représentation des sports motorisés alors que nous nous heurtons régulièrement à leur présence de plus en plus envahissante lors de nos randonnées. Est-ce vraiment une activité qui peut favoriser le contact avec la nature quand le bruit, la pollution et la destruction des chemins, souvent dans l’illégalité la plus totale, sont préjudiciables à l’environnement que nos pratiquants recherchent. Comment faire croire qu’un accord est possible entre ces 2 populations ? N’est-ce pas encore un moyen détourné d’imposer une activité en quête de légitimité, avec sûrement encore des arguments financiers.
Dans la même veine, comment interpréter la composition des collèges et le fait, par exemple, que chasseurs et pêcheurs soient considérés comme des institutionnels alors que leur activité n’est aussi qu’une activité de loisir, que les règles de sécurité lors des actions de chasse viennent d’être considérablement allégées, bien que tous les ans des randonneurs, vététistes, cueilleurs de champignons soient victimes de balles perdues ? Il est fort à craindre que nous ne soyons pris littéralement en sandwich entre les élus et les institutionnels et que nous ne soyons finalement les dindons de la farce à ce petit jeu de la CDESI.
Enfin, dernier point et non des moindres, certains codes (forestier, urbanisme) ont déjà subordonné l’inscription au PDESI d’un lieu de pratique à l’accord des propriétaires ou organismes en charge de la gestion de l’endroit, prévoyant même la possibilité de passer des conventions avec les collectivités locales pour l’ouverture au public des bois, parcs, celles-ci prenant en charge les dépenses d’aménagement, d’entretien voire le versement au propriétaire d’une rémunération pour service rendu. Autrement dit, on va tout droit à l’accès payant au patrimoine naturel ! Et l’inscription d’un itinéraire au PDESI peut donc se révéler une redoutable arme à double tranchant pour les pratiquants des sports de nature. Dans le département, nous avions déjà l’exemple du Pic du Midi ou du Pont d’Espagne. Si nous n’y prenons garde, il est malheureusement à craindre que cela se généralise à tous les sites les plus populaires, à toutes les grandes classiques.
Face à de telles menaces pour nos activités, restrictions d’accès et fin de la gratuité, au moins la CDESI a-t-elle le mérite d’exister et nous pourrons nous y faire entendre. A nous d’y prendre toute notre place, de défendre nos intérêts sans être dupes des intentions cachées et de savoir, si nécessaire, dire non et nous mobiliser en nombre